Balbo à Tripoli — la mise en garde
, 43 ans, maréchal de l’air et gouverneur général de la Libye depuis 1933, est l’une des figures les plus populaires du fascisme italien. Fondateur de la Regia Aeronautica, héros des grands raids aériens transatlantiques de 1933 — une avenue de Chicago porte encore son nom —, il a été éloigné à Tripoli précisément parce que sa popularité inquiétait Mussolini.
De sa colonie, Balbo est devenu une voix dissonante du régime. Il a critiqué l’alliance allemande, désapprouvé les lois raciales de 1938, et juge l’armée italienne mal préparée à une guerre. En ce printemps 1940, Mussolini, voyant la France s’effondrer sous les coups allemands, veut entrer dans le conflit pour s’asseoir à la table des vainqueurs. Balbo, lui, connaît l’état réel de ses forces : blindés dépassés, motorisation insuffisante, dépendance totale d’un ravitaillement qui devra traverser une Méditerranée tenue par la Royal Navy. Il redoute qu’une fermeture du canal de Suez isole les renforts d’Afrique orientale et laisse la Libye exposée à une offensive alliée venue d’Égypte.
Convaincu qu’une entrée en guerre serait prématurée et dangereuse pour la Libye, Balbo doit choisir la manière dont il fait connaître son désaccord au Duce.
Balbo doit-il s’opposer ouvertement à l’entrée en guerre, ou se taire et préparer la défense de la Libye ?
Balbo s’en tient pour l’essentiel à B : il fait remonter ses mises en garde par les canaux militaires, sans rompre publiquement, et se consacre à organiser la défense d’une Libye qu’il sait fragile. Ses avertissements se révèlent fondés. L’Italie déclare la guerre le 10 juin 1940 ; en Afrique du Nord, l’infériorité matérielle et la vulnérabilité des lignes de ravitaillement à travers la Méditerranée pèsent aussitôt, comme il l’avait prédit. Le 28 juin 1940, son SM.79 est abattu au-dessus de Tobrouk par la DCA italienne, qui le prend pour un appareil ennemi peu après un raid britannique : Balbo et tout l’équipage périssent. La part de l’accident et celle d’une éventuelle élimination d’un rival populaire restent débattues. Sa disparition prive l’Italie de l’un de ses chefs les plus lucides au seuil d’une guerre qu’il avait jugée prématurée.









