Le discours de la prophétie
Le 30 janvier 1939, pour le sixième anniversaire de son arrivée au pouvoir, Hitler prononce devant le Reichstag réuni à l'Opéra Kroll un long discours, en partie rédigé avec Goebbels. L'Allemagne vient d'absorber l'Autriche et les Sudètes ; le Reich se sent en position de force.
Le propos doit couvrir l'économie et la diplomatie, mais la « question juive » s'invite inévitablement. Depuis des mois, les pogroms de novembre et l'aryanisation ont radicalisé le discours intérieur, et la propagande nazie agite le spectre d'un complot de « la finance juive internationale ».
Le choix du registre n'est pas anodin. Hitler peut hausser la rhétorique jusqu'à une menace publique explicite, codant à la fois la propagande intérieure et un avertissement au monde ; entretenir une rhétorique antisémite plus feutrée comme jusqu'alors ; ou s'en tenir aux thèmes économiques et diplomatiques. Le ton qu'il adopte donnera la mesure des intentions du régime, à un moment où les Juifs du Reich cherchent désespérément à fuir.
Hitler doit-il transformer la rhétorique antisémite en menace publique d'anéantissement liée à la guerre ?
Hitler choisit A : il se pose en « prophète » et profère la menace liant une future guerre mondiale à l'« anéantissement de la race juive en Europe ». Les historiens débattent de sa portée exacte en 1939 — pour , il s'agissait d'abord de détruire l'« influence » juive, non encore un programme d'extermination physique. Mais Hitler reviendra à plusieurs reprises sur cette « prophétie » durant la guerre, en la datant rétrospectivement (et faussement) du 1er septembre 1939, pour légitimer le génocide en cours. Le discours de janvier 1939 devient ainsi, aux yeux des historiens, un jalon majeur dans l'escalade verbale qui précède la Shoah.









