Où arrêter l'ennemi — la ligne KW
Dès le déclenchement de l'invasion, le plan allié (« plan Dyle » ou manœuvre Dyle-Breda) se met en branle : les meilleures armées françaises et le corps expéditionnaire britannique s'avancent en Belgique pour tenir une ligne de défense en avant de la frontière française. La position de repli belge est la ligne KW (Koningshooikt-Wavre), barrant la trouée centrale.
Le choix de la ligne de résistance engage tout le dispositif. Plus on s'avance à l'est (vers le canal Albert et la Meuse), plus on couvre de territoire belge, mais plus on s'expose, loin de ses bases. Plus on se replie à l'ouest, plus on raccourcit le front, mais plus on abandonne de terrain.
Le commandement doit fixer l'effort. Tenir la ligne KW-Dyle comme position principale, en y précipitant le gros des forces. Avancer davantage vers le canal Albert pour défendre plus à l'est. Ou rester en retrait sur l'Escaut, plus près de la France, en sacrifiant le cœur de la Belgique. Tout l'enjeu est que ce mouvement vers l'avant, en Belgique, est exactement ce que le plan Manstein cherche à provoquer — pour frapper ailleurs, dans les Ardennes.
Le commandement allié doit-il tenir la ligne KW-Dyle, avancer vers le canal Albert, ou rester en retrait sur l'Escaut ?
Le commandement allié exécute A : conformément au plan Dyle de Gamelin, les meilleures armées franco-britanniques se portent en hâte sur la ligne KW-Dyle, tandis que la pousse même jusqu'en Hollande (variante Breda). C'est précisément le piège du plan Manstein : pendant que l'élite alliée s'engage au nord, la masse des blindés allemands perce, loin au sud, dans les Ardennes faiblement défendues. L'avance en Belgique, militairement logique au regard des plans connus, place les meilleures forces alliées dans une nasse. Le « plan Dyle » deviendra l'illustration de la manière dont l'adversaire a retourné contre les Alliés leur propre stratégie.









