Intelligenzaktion — l'instituteur de Poméranie
L'Intelligenzaktion (action contre l'intelligentsia polonaise) est l'opération de génocide ciblé planifiée par le Reichssicherheitshauptamt (RSHA) dès l'été 1939, dans le cadre de l'opération Tannenberg. Cible : éliminer physiquement les élites polonaises — universitaires, enseignants, médecins, prêtres, avocats, officiers de réserve, journalistes, fonctionnaires, propriétaires terriens. Doctrine : sans tête, la nation polonaise ne pourra plus résister.
Méthode : depuis 1936, des Sonderfahndungsbuch Polen ("Livres spéciaux de recherche Pologne") sont compilés à Berlin grâce à des informateurs des minorités allemandes (Volksdeutsche) en Pologne. Au 1er septembre 1939, ces listes comptent 61 000 noms. À l'invasion, les (5 groupes opérationnels) et la Selbstschutz (milices ethniques allemandes locales armées par Heydrich) reçoivent l'ordre d'exécuter les personnes des listes — sans procès, immédiatement après identification.
Un instituteur typique de petite ville poméranienne — disons 38 ans, marié, deux enfants, lecteur du quotidien local Pielgrzym depuis 1925, président de la section locale de l'Union des enseignants polonais (ZNP) depuis 1932 — figure très probablement dans ces listes. Au lendemain de l'occupation (vers le 5-10 septembre), il apprend par un voisin qu'un Volksdeutsche connu de la ville a été vu remettre une liste au commandant militaire allemand.
Que faire dans les 48 heures qui suivent la nouvelle ?
Selon les sources, la majorité des intellectuels polonais visés ont choisi C dans les premiers jours, par incrédulité ou par souci de "régler administrativement" leur situation. Cette confiance dans la légalité a coûté la vie à des dizaines de milliers d'entre eux. L'Intelligenzaktion fait, entre septembre 1939 et le printemps 1940, environ 60 000 à 100 000 morts polonais (chiffres consensuels). Les massacres les plus documentés : forêts de Piaśnica (12 000 à 14 000 morts), Mniszek (10 000 morts), Bydgoszcz (1 200 morts en septembre, principalement enseignants), Stutthof (camp de concentration ouvert le 2 septembre 1939, principalement Polonais). Le 6 novembre 1939, à Cracovie, la Sonderaktion Krakau déporte 184 professeurs de l'Université Jagellonne à Sachsenhausen (35 mourront en détention). L'Intelligenzaktion est l'un des premiers génocides ciblés de la Seconde Guerre mondiale, documenté de manière incomplète jusqu'aux ouvertures des archives polonaises (IPN) en 1990-2010.









