Bydgoszcz — le 3 septembre
Bydgoszcz (Bromberg en allemand) est une ville industrielle de 140 000 habitants en Poméranie polonaise — composition ethnique mélangée : 75 % de Polonais, 25 % d'Allemands de souche (Volksdeutsche). Tensions communautaires fortes depuis 1936, attisées par la propagande nazie de la « 5e colonne » (Fünfte Kolonne). Au 1er septembre 1939, la ville est dans la zone de combat — la du général (frère du défenseur de Varsovie) doit s'y retirer.
Le 3 septembre 1939 vers 10h00, alors que les troupes polonaises en retraite traversent la ville, des coups de feu sont tirés depuis des fenêtres et des clochers. L'origine de ces tirs, l'identité des tireurs et la réaction des soldats comme des civils seront au cœur des récits contradictoires qui suivront. Engagement urbain confus de plusieurs heures dans une cité saturée de méfiance.
Dès le lendemain, les morts des deux communautés deviennent un enjeu politique majeur. La Wehrmacht entre dans la ville le 5 septembre. Chaque camp produira aussitôt sa version : l'un dénonçant une provocation, l'autre des représailles. L'historien, lui, doit choisir la ligne de récit qu'il transmettra. Faut-il épouser l'un des deux narratifs nationaux, ou tenir une lecture qui rende compte de la violence des deux côtés ?
Quelle ligne historiographique adopter pour cet épisode ?
L'historiographie consensuelle actuelle (, , ) retient la double violence. Le 3 septembre, les francs-tireurs allemands du Selbstschutz (membres armés clandestinement avant guerre, organisés par l'Abwehr II de Canaris) ont effectivement tiré sur les troupes polonaises en retraite — provocation organisée par le renseignement militaire allemand en préparation du conflit. La riposte des soldats polonais et de quelques civils a été disproportionnée mais explicable par le contexte de combat urbain : certains Allemands de souche furent tués au combat, d'autres lynchés par des civils polonais croyant identifier des francs-tireurs. Bilan du 3 septembre : entre 150 et 300 Allemands tués (combat et lynchage), 41 Polonais tués, dont plusieurs soldats. Du 4 au 5 septembre, exécutions sommaires sporadiques. Représailles allemandes (5-15 septembre) : entre 600 et 1 200 Polonais exécutés sur place, plusieurs milliers déportés. Pendant toute la guerre, la propagande nazie utilisera le « Dimanche sanglant de Bromberg » comme justification de l'Intelligenzaktion et plus largement des politiques génocidaires. Le Weißbuch 1940 chiffre les morts allemands à 5 500, le mémorandum Goebbels de novembre 1939 à 58 000 — chiffres réfutés après-guerre. Au procès de Nuremberg, le procureur a démontré le caractère fabriqué de ces statistiques. Aujourd'hui, le Centre d'études Bromberger Blutsonntag de l'IPN à Bydgoszcz documente officiellement l'épisode dans une optique de réconciliation polono-allemande.









