, 66 ans, préside la Lituanie depuis le coup d'État de 1926 qui l'a porté au pouvoir. Juriste et idéologue du nationalisme lituanien, il dirige un régime autoritaire à parti unique depuis Kaunas, capitale provisoire du pays — Vilnius, la capitale historique, n'a été restituée par Moscou qu'en octobre 1939, en échange de bases militaires soviétiques.
Le pacte germano-soviétique d'août 1939 a placé la Lituanie dans la sphère d'influence de l'URSS. Depuis l'automne, des garnisons de l' stationnent sur le sol lituanien au titre du traité d'assistance mutuelle. Le 14 juin 1940, alors que le monde a les yeux rivés sur Paris qui tombe, le commissaire remet à Kaunas un ultimatum : juger des ministres accusés d'avoir enlevé des soldats soviétiques, former un gouvernement « capable » d'appliquer le pacte, et laisser entrer un contingent « suffisamment important » de troupes. Réponse exigée pour le lendemain matin.
Dans la nuit, le cabinet siège sans relâche. Les chefs militaires jugent toute résistance armée impossible : l'armée n'est pas mobilisée et les Soviétiques sont déjà dans le pays. Smetona doit trancher au petit matin.
Faut-il se soumettre à l'ultimatum et accepter un gouvernement imposé, ou quitter le pays pour refuser à Moscou une prise de pouvoir « légale » ?
Smetona applique C. Isolé au sein de son propre cabinet — qui accepte l'ultimatum — et plaidant en vain pour une résistance symbolique, il franchit la frontière allemande dès le 15 juin pour priver Moscou d'une transmission régulière du pouvoir. Le gouvernement décide aussitôt que son départ vaut démission et transfère les pleins pouvoirs au Premier ministre . L' occupe Kaunas et Vilnius ; un « gouvernement du peuple » est installé. Des « élections » truquées en juillet débouchent sur l'annexion : la Lituanie devient république soviétique le 3 août 1940. Smetona gagne la Suisse, puis les États-Unis, où il meurt dans l'incendie de sa maison en 1944. Son geste lui vaut un héritage disputé : pour les uns, refus lucide de légitimer l'occupation ; pour d'autres, fuite d'un chef d'État abandonnant son peuple. La Lituanie ne recouvrera son indépendance qu'en 1990.









