Tenir le périmètre de Dunkerque
Depuis la fin mai 1940, le corps expéditionnaire britannique et une partie de l'armée française refluent vers Dunkerque, ultime fenêtre sur la mer. L'opération Dynamo bat son plein : jour et nuit, du môle est aux plages de Malo-les-Bains, destroyers, chalutiers et petites embarcations enlèvent des dizaines de milliers d'hommes sous les bombes de la Luftwaffe. Mais cette évacuation n'a de chance d'aboutir que si quelqu'un, derrière, retient l'ennemi assez longtemps.
Vous êtes un officier britannique de l'arrière-garde, déployé à Bergues, sur la ligne fortifiée du périmètre, le long des canaux qui ceinturent la poche. Vos hommes sont épuisés, à court de munitions, harcelés par l'artillerie allemande qui resserre son étreinte. Devant vous, la pression monte d'heure en heure ; derrière, la file des soldats qui attendent l'embarquement s'étire encore sur le sable. Chaque heure gagnée sur ce front, c'est un navire de plus qui appareille chargé.
Vous savez ce qu'implique de rester en position : la ligne tiendra, mais ceux qui la tiennent risquent de n'avoir plus de bateau quand ils décrocheront enfin. Le 1er juin 1940, dans le fracas des obus, vous devez trancher en quelques heures.
Officier de l'arrière-garde à Bergues, que décidez-vous pour vos hommes alors que l'évacuation se poursuit dans votre dos ?
Les arrière-gardes tinrent le périmètre rétréci autour de Dunkerque — Bergues, Furnes, la ligne des canaux —, condition même de la réussite de l'opération Dynamo. Les unités britanniques d'arrière-garde décrochèrent surtout dans la nuit du 2 au 3 juin 1940 ; ce furent ensuite les troupes françaises, notamment celles de la 1re Armée, qui tinrent le dernier réduit. Lorsque l'embarquement cessa au môle le 4 juin au matin, environ 35 000 à 40 000 soldats français de l'arrière-garde, faute de navires, durent se rendre. Leur sacrifice avait permis d'évacuer la masse des forces alliées : au total, près de 338 000 hommes furent ramenés en Angleterre.









