Kharkiv 1939 — la chenille ou la roue ?
Depuis les chars rapides BT, la doctrine blindée soviétique repose sur un principe hérité du châssis Christie : un train de roulement convertible, qui roule sur chenilles en terrain difficile et sur roues sur route. Le cahier des charges officiel de 1938 réclame donc un nouveau char roues-chenilles, l'A-20.
Mais à l'usine n°183 de Kharkiv, l'ingénieur en chef et son adjoint doutent de cette mécanique convertible : lourde, fragile, coûteuse, et incapable de supporter un blindage plus épais face aux canons antichars modernes. Kochkine veut construire en parallèle une variante purement chenillée, l'A-32, plus simple et plus robuste.
Le commandement penche pour l'A-20 roues-chenilles, fidèle à la tradition. Kochkine doit décider quoi présenter aux essais comparatifs du milieu de 1939, au risque de heurter la doctrine établie.
Quel char d'essai Kochkine doit-il faire valoir auprès du commandement de l'Armée rouge ?
Kochkine obtient de Staline, dès 1938, l'autorisation de construire et tester les deux prototypes. Aux essais de 1939, l'A-32 purement chenillé se révèle aussi mobile que l'A-20 tout en offrant une marge de surblindage que le train convertible interdisait. Réarmé et surblindé (A-34), il est adopté le 19 décembre 1939 sous le nom de T-34. Le train de roulement roues-chenilles, longtemps sacralisé, est abandonné. Kochkine meurt de pneumonie en septembre 1940, peu après le lancement de la production en série.









