Le verrou de Monthermé
Alors que Guderian perce à Sedan et Rommel à Dinant, un troisième franchissement de la Meuse est tenté à Monthermé, dans une boucle resserrée du fleuve aux versants escarpés. Le corps blindé du général Reinhardt s'y heurte à une défense française inhabituellement tenace, accrochée à un terrain idéal pour la résistance.
Pendant deux jours, l'attaque piétine : les passages sont étroits, la défense mordante, et la tête de pont reste minuscule. Reinhardt fait face à un choix. Persévérer frontalement à Monthermé, en y usant ses forces, pour ne pas laisser un trou dans le front allemand. Reporter l'effort vers les têtes de pont voisines (Sedan, Dinant) déjà acquises, en y faisant glisser ses moyens. Ou attendre que la percée latérale rende la position française intenable.
L'enjeu dépasse Monthermé : la cohérence de la percée allemande sur la Meuse suppose que toutes les têtes de pont finissent par se rejoindre. Un échec prolongé ici pourrait exposer un flanc.
Reinhardt doit-il persévérer à Monthermé, reporter l'effort vers les têtes de pont voisines, ou attendre ?
Reinhardt persévère (A) malgré un démarrage difficile : bloqué deux jours par une défense française remarquable à Monthermé, son corps finit par percer le 15 mai, lorsque l'effondrement général du front de la Meuse — et notamment le recul de la Corap — rend la position française intenable. Monthermé montre, a contrario de Sedan, ce qu'une défense résolue sur la Meuse pouvait accomplir : là où les troupes françaises tenaient et ne paniquaient pas, la percée allemande était durablement freinée. Mais ces succès locaux furent emportés par l'effondrement des secteurs voisins. La rupture, une fois généralisée, ne laissait plus aux défenseurs tenaces qu'un répit.









