Eben-Emael — planeurs sur le toit
Construit par la Belgique entre 1932 et 1935 sur le canal Albert, au nord de Liège, le fort d’Eben-Emael passe pour imprenable. Il s’étend sur soixante hectares, abrite mille deux cents hommes de garnison sous les ordres du major , aligne dix-sept coupoles d’artillerie — deux de 120 mm, douze de 75 mm — et se protège derrière des murs de béton armé de deux mètres d’épaisseur. Il commande trois ponts vitaux du canal et verrouille toute avance allemande vers les Pays-Bas.
Hitler ordonne de le neutraliser en ouverture de Fall Gelb, au moyen d’une opération révolutionnaire : un assaut mené par des planeurs DFS 230 silencieux, première opération aéroportée moderne d’une telle ampleur. L’Oberleutnant , vingt-quatre ans, parachutiste saxon, commande les soixante-dix-huit hommes du , entraînés six mois durant, dans le plus grand secret, sur une réplique du fort. Ils emportent une arme inédite, jamais employée au combat : les charges creuses Hohlladung de cinquante kilos.
À 05h25, le 10 mai 1940, les planeurs se posent sur le toit même du fort. La surprise est totale. En quelques minutes, les charges creuses percent les coupoles. Désorganisée, la garnison belge ne peut riposter à des assaillants qui la dominent d’en haut.
Mais le planeur de Witzig lui-même a manqué son atterrissage : un câble de remorquage rompu l’a fait se poser loin en arrière. Il doit décider dans l’urgence comment garder la main sur l’opération.
Witzig doit-il rejoindre le fort ou commander à distance ?
Witzig applique A. Il se fait ramener au fort par un second vol, atterrissant en catastrophe à 11h00 pour coordonner la phase finale de l’assaut. À 12h15, le 11 mai 1940, après trente-deux heures de siège, le major Jottrand capitule. L’affaire coûte 6 morts allemands, 60 morts belges et fait 1 200 prisonniers belges. Eben-Emael s’impose comme l’une des opérations militaires les plus audacieuses du début de la Seconde Guerre mondiale, et Hitler décerne à Witzig la Croix de Chevalier le 10 mai 1940. Witzig survit à la guerre, commande des opérations aéroportées en Tunisie en 1943, sert dans la Bundeswehr après 1955 et meurt en 2001 à 85 ans. Le fort d’Eben-Emael devient musée en 1979. Sa chute démontre que les fortifications statiques sont obsolètes face aux nouvelles doctrines aéroportées combinées à des armes à charge creuse — leçon qui marquera la conception fortifiée d’après-guerre.









