Automne 1939. Les roulements à billes sont le composant invisible de toute machine de guerre : chars, avions, navires, moteurs. Sans eux, rien ne tourne. Or la Suède neutre abrite SKF, premier producteur mondial, qui livre simultanément l'Allemagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis.
Chaque belligérant sait que l'autre dépend de cette même source. Londres menace de représailles commerciales si les livraisons vers le Reich se poursuivent ; Berlin menace de couper l'accès si les Britanniques achètent trop. Stockholm est pris en étau entre ses revenus, sa neutralité et les pressions croisées.
La direction de SKF et les autorités suédoises doivent arbitrer une équation impossible : préserver l'indépendance nationale sans rompre avec des partenaires qui peuvent tous, à des titres divers, faire pression sur un petit pays exportateur.
Comment la Suède neutre doit-elle gérer ses exportations de roulements à billes alors que les deux camps en dépendent ?
La Suède maintient ses ventes aux deux camps. SKF continue de livrer l'Allemagne comme la Grande-Bretagne, au prix d'une logistique complexe imposée par le blocus maritime. Londres négocie des contingents pour limiter les flux vers le Reich, tandis que l'Allemagne constitue d'importants stocks de roulements par anticipation. Cet équilibre fragile sera bouleversé par l'invasion allemande de la Norvège et du Danemark au printemps 1940, qui resserre l'étau géographique sur la Suède. Les livraisons suédoises vers l'Allemagne resteront un enjeu majeur jusqu'aux pressions alliées de 1943-1944.









