La garnison d'Ében-Émael
Au matin du 10 mai 1940, la garnison d'Ében-Émael — plus d'un millier d'hommes dans la forteresse réputée imprenable — est frappée par l'imprévu : des planeurs allemands se posent sur le toit du fort et neutralisent une à une ses coupoles à la charge creuse. L'ennemi est au-dessus, à l'intérieur du dispositif, là où nul ne l'attendait.
La garnison, sonnée, dispose pourtant encore d'hommes et de moyens. Elle peut tenter une contre-attaque vers le toit pour reprendre les coupoles et déloger les commandos, au risque de pertes. Tenir l'intérieur du fort et résister sous terre, en attendant des secours de l'armée de campagne. Ou se rendre, jugeant la situation perdue une fois l'artillerie neutralisée.
La confusion est totale : liaisons coupées, surprise complète, doctrine prise en défaut. Les secours extérieurs tardent, les ponts du canal Albert tombent. Que faire quand un fort réputé inviolable est paralysé de l'intérieur en quelques heures ? La réaction de la garnison décidera de la durée de la résistance.
La garnison d'Ében-Émael doit-elle contre-attaquer vers le toit, tenir l'intérieur, ou se rendre ?
La garnison oscille entre A et B, mais la situation est intenable : quelques contre-attaques vers le toit échouent, les secours de l'armée de campagne ne percent pas, et les commandos allemands, bientôt renforcés, verrouillent l'ouvrage. Ében-Émael se rend le 11 mai 1940, environ vingt-quatre heures après l'assaut — la forteresse la plus moderne d'Europe neutralisée par une cinquantaine de parachutistes du génie. La rapidité de la chute, due à la surprise totale et à une doctrine défensive prise à revers (rien n'était prévu contre un assaut par le toit), en fait un cas d'école. Pour les défenseurs, l'épisode reste un traumatisme : vaincus non par le nombre, mais par l'audace et l'innovation tactique de l'adversaire.









