Au matin du 10 mai 1940, l'Allemagne envahit aussi le Luxembourg, petit État neutre dépourvu d'armée capable de résister. En quelques heures, le territoire est submergé. La grande-duchesse Charlotte et son gouvernement doivent décider, dans l'urgence, de l'attitude à adopter face à une occupation immédiate et inévitable.
Le dilemme est celui des petits États sans défense. Rester sur place, c'est partager le sort du pays mais tomber sous le contrôle direct de l'occupant, qui pourrait instrumentaliser la souveraine. Partir en exil, c'est préserver la continuité de l'État et la légitimité nationale, mais quitter son peuple sans combat.
La grande-duchesse et le gouvernement peuvent gagner l'exil pour incarner la continuité de l'État et poursuivre la cause alliée. Rester au Luxembourg auprès de la population. Ou chercher un arrangement avec l'occupant pour préserver une autonomie. À l'image des choix qui s'imposent à la même heure aux Pays-Bas et bientôt à la Belgique, la décision engage l'avenir de la nation luxembourgeoise.
La grande-duchesse et le gouvernement doivent-ils gagner l'exil, rester au pays, ou chercher un arrangement avec l'occupant ?
La grande-duchesse Charlotte et son gouvernement choisissent A : ils quittent le Luxembourg dès le 10 mai pour l'exil (France, Portugal, Royaume-Uni, puis Canada et États-Unis), d'où ils maintiennent la souveraineté luxembourgeoise dans le camp allié. Le Luxembourg est occupé puis, à partir d'août 1940, soumis à une administration civile allemande (CdZ-Gebiet) visant à sa germanisation et, de fait, à son annexion. La résistance du peuple luxembourgeois à cette germanisation (grève de 1942 contre la conscription) deviendra légendaire. Le choix de l'exil, comme celui de Wilhelmine aux Pays-Bas, préserve la légitimité de l'État et le distingue du sort du roi des Belges, resté prisonnier.









