La reine Wilhelmine part à Londres
Le 13 mai 1940, la défense néerlandaise se désagrège et les troupes aéroportées allemandes rôdent autour de La Haye. La reine Wilhelmine, souveraine depuis 1898, doit décider de son sort et de celui de la continuité de l'État, alors que la capture du chef de l'État par l'ennemi est une menace réelle.
Le dilemme est celui de tous les chefs d'État envahis. Rester, c'est partager le sort de son peuple et risquer la capture, qui ferait du souverain un otage entre les mains de l'occupant. Partir, c'est s'exposer à l'accusation d'abandon, mais préserver l'indépendance de l'État et la possibilité de poursuivre la guerre depuis l'étranger, aux côtés des Alliés.
Wilhelmine peut gagner Londres pour incarner la continuité de l'État et la résistance néerlandaise. Rester aux Pays-Bas au risque d'être capturée. Ou se replier à l'intérieur du pays (Zélande) pour tenir le plus longtemps possible. Quelques heures suffisent ; le même dilemme se posera bientôt à d'autres souverains envahis.
Wilhelmine doit-elle gagner Londres, rester aux Pays-Bas, ou se replier en Zélande ?
Wilhelmine choisit A : le 13 mai 1940, elle embarque sur un navire britannique (le HMS Hereward) et gagne Londres, d'où elle dirigera le gouvernement néerlandais en exil et incarnera, par ses messages radiodiffusés, la résistance des Pays-Bas — Churchill la qualifiera du « seul homme » parmi les gouvernements en exil. Son départ assure la continuité de l'État et l'engagement néerlandais dans la guerre jusqu'à la victoire. Le contraste est saisissant avec le roi de Belgique, qui choisira quinze jours plus tard de rester prisonnier au pays — deux décisions opposées qui pèseront durablement sur la légitimité et l'image des deux monarchies.









