Menton annexée et l'occupant italien
Au lendemain de la défaite française, l'armistice franco-italien du 24 juin 1940 crée une petite zone d'occupation que l'Italie fasciste traite aussitôt en territoire annexé de fait : environ 832 km² et 28 500 habitants, dont la plus grande ville est Menton. Sous les combats de juin 1940 puis l'évacuation ordonnée, l'immense majorité des Mentonnais a fui vers l'intérieur ; la ville est presque déserte, et beaucoup de ceux qui voudront rentrer en seront empêchés.
L'italianisation est méthodique : l'italien devient langue officielle, la lire la monnaie, l'administration, l'école et l'état civil passent sous contrôle italien ; noms et enseignes sont remodelés. Loin d'un simple stationnement de troupes, les autorités lancent des projets d'urbanisme et d'équipement qui se poursuivent en 1941-1942, preuve d'une volonté d'annexion durable en cas de victoire de l'Axe.
C'est dans ce cadre qu'une jeune femme peut être courtisée par un soldat italien. La propagande fasciste cultive l'idée d'une fraternité "latine" et veut donner de l'occupation une image débonnaire. Mais derrière l'affichage demeure une annexion imposée par la force à une population évincée. À la Libération, les liaisons entre Françaises et soldats de l'Axe seront stigmatisées comme "collaboration horizontale" et durement sanctionnées (opprobre, épuration, tonte).
Sollicitée par un officier italien dans une ville où vivre signifie s'italianiser, cette jeune femme doit-elle accepter la relation, la refuser, ou prendre ses distances avec l'occupant ?
Il n'existe pas de "choix majoritaire" documenté, car Menton, vidée de ses habitants par l'évacuation de 1940 et annexée de fait, ne comptait qu'une population résiduelle. Là comme dans le reste de la France, les liaisons avec des soldats de l'Axe étaient socialement réprouvées et furent châtiées à la Libération (tontes, épuration), sans traitement de faveur pour les relations avec des Italiens malgré la rhétorique de "latinité". L'occupation italienne fut surtout une entreprise d'italianisation, l'italien imposé comme langue, la lire comme monnaie, l'urbanisme refondu, qui visait l'absorption durable de la ville.









