Dès l'installation de l'occupation, l'Allemagne nazie organise un pillage culturel méthodique des pays conquis. Un service spécialisé, l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), est chargé de confisquer œuvres d'art, bibliothèques et collections — en particulier celles appartenant à des Juifs, aux loges maçonniques et aux opposants —, au profit des musées du Reich et des dignitaires nazis (Hitler, Göring).
Face à cette menace, conservateurs, collectionneurs et propriétaires doivent réagir. Cacher ou évacuer les œuvres les plus précieuses (les mettre à l'abri en zone libre, à l'étranger, dans des dépôts secrets) pour les soustraire au pillage. Les déclarer et les laisser en place, par respect des consignes ou par crainte. Ou tenter de négocier leur préservation avec l'occupant.
L'enjeu est patrimonial et moral : sauver l'héritage culturel d'un pillage organisé, alors que l'occupant dispose de la force et de l'administration. Les musées belges et français, comme les collections privées (surtout juives, bientôt spoliées), sont directement menacés par cette prédation à grande échelle.
Face au pillage, faut-il cacher et évacuer les œuvres, les laisser en place, ou négocier avec l'occupant ?
Là où c'était possible, conservateurs et propriétaires ont choisi A : de nombreuses œuvres majeures furent évacuées et cachées dès 1939-1940 (en France, les collections du Louvre furent dispersées dans des châteaux ; en Belgique, des mesures de protection furent prises). Mais l'ERR mena néanmoins un pillage massif, ciblant en priorité les biens juifs spoliés (la spoliation s'organise en parallèle des premières mesures antijuives de l'automne 1940). Des dizaines de milliers d'œuvres furent confisquées et transférées vers l'Allemagne. Le pillage culturel nazi, l'un des plus vastes de l'histoire, fera l'objet après-guerre d'immenses efforts de restitution, encore inachevés. Il illustre la dimension prédatrice et idéologique de l'occupation, indissociable de la persécution.









