Marc Bloch écrit — Guéret été 1940
, 54 ans, est l'un des plus grands historiens français, cofondateur de l'école des Annales et professeur à la Sorbonne. Mobilisé comme capitaine d'état-major, affecté aux services de l'arrière de la 1re Armée, il a vécu la débâcle de l'intérieur : la confusion des ordres, le repli sans direction, l'évacuation par Dunkerque, le retour en France via l'Angleterre.
Démobilisé à Guéret à la mi-juillet, il décide d'écrire à chaud, en quelques semaines, son analyse de la catastrophe. Le futur livre s'intitulera L'Étrange Défaite. Bloch sait qu'il ne pourra pas le publier : le texte restera dans un tiroir, d'autant que la législation antisémite de Vichy, qui frappera les Juifs dès octobre, le menace personnellement.
Reste le choix intellectuel de l'historien : quelle thèse centrale donner à son témoignage ? Désigner une trahison des élites, l'incapacité intellectuelle d'un commandement resté à 1918, ou un effondrement moral de toute la société française ? L'analyse qu'il retiendra orientera la lecture de la défaite pour des générations.
Quelle explication centrale de la défaite Marc Bloch doit-il développer ?
Bloch retient principalement B, nuancé par des éléments de C. La thèse centrale de L'Étrange Défaite, écrite entre juillet et septembre 1940, tient en une formule : « Nos chefs (…) ont surtout pensé cette guerre en historiens (…) en termes du passé » — un état-major resté prisonnier des cadres de 1918, incapable de saisir la rapidité de la guerre mécanisée. Bloch entre dans la Résistance (mouvement Franc-Tireur), est arrêté à Lyon en 1944, torturé, puis fusillé près de Lyon le 16 juin 1944. L'Étrange Défaite paraît en 1946 : c'est devenu l'une des analyses les plus citées de la défaite de 1940, et un texte fondateur sur la responsabilité des élites.









