Le Creusot face à la Wehrmacht — les forges à l'heure de l'exode
Le Creusot est le cœur de Schneider et Cie : hauts fourneaux, aciéries, forges, fabrications d'artillerie et de blindages. Quand la percée allemande s'effondre vers le sud en juin 1940, l'usine se vide — le personnel est rassemblé, des navettes de camions évacuent les pièces en cours et les archives vers la Nièvre, Bordeaux et le château d'Apremont.
Le 15 juin, des officiers de l'Armement chargés d'organiser le repliement et les destructions dans les usines métallurgiques arrivent au Creusot. Les hauts fourneaux et les laminoirs ne peuvent être déménagés ; ils peuvent en revanche être sabotés pour ne pas tomber intacts aux mains de l'ennemi.
La direction doit trancher dans les heures qui précèdent l'occupation, attendue d'un moment à l'autre. Détruire un outil unique en France, le replier au maximum vers la zone qu'on espère libre, ou le préserver en pariant sur une reprise — chaque voie engage l'avenir de l'entreprise et de ses milliers d'ouvriers.
Le 15 juin 1940, des officiers de l'Armement viennent conférer avec la direction de Schneider : quelle conduite tenir pour le plus grand complexe sidérurgique et d'armement de France à l'approche des Allemands ?
La direction choisit de préserver l'outil intact. Aucune destruction des hauts fourneaux ni des installations n'est ordonnée : on se borne à évacuer les pièces en cours, les valeurs et les archives (bureaux d'études repliés à Saint-Honoré-les-Bains, valeurs cachées au château d'Apremont-sur-Allier), tandis que la gérance gagne Bordeaux. Les troupes allemandes occupent Le Creusot le 17 juin 1940 à 12h30 et exigent que la ligne de démarcation englobe la ville en zone occupée. L'usine rouvre ses portes dès le 7 juillet 1940 avec environ 2 500 ouvriers, puis accepte rapidement des commandes allemandes — entamant la voie de la production sous contrôle de l'occupant. , gérant, regagne le siège parisien le 10 juillet pour négocier avec les autorités allemandes.









