Le 17 juin 1940, au lendemain de son arrivée à la tête du gouvernement, le maréchal Pétain s'adresse aux Français par la radio. L'armistice est demandé mais pas encore négocié ni signé. Pétain doit choisir le contenu et le ton de son allocution, à un moment où des combats se poursuivent et où l'armistice n'est pas conclu.
L'enjeu est considérable. Annoncer publiquement et solennellement qu'« il faut cesser le combat » rassure une population épuisée et affirme une autorité, mais risque de démoraliser des troupes qui se battent encore et d'inciter à déposer les armes avant tout accord — facilitant la tâche de l'ennemi. Attendre la signature pour s'exprimer préserverait la combativité jusqu'au bout.
Pétain peut annoncer d'emblée qu'il faut cesser le combat, pour incarner le recours et l'apaisement. Attendre la signature de l'armistice avant tout discours, pour ne pas désarmer prématurément l'armée. Ou appeler à tenir encore, en attendant les conditions. Ses mots vont peser sur le moral de centaines de milliers de combattants.
Pétain doit-il annoncer d'emblée qu'il faut cesser le combat, attendre la signature, ou appeler à tenir encore ?
Pétain choisit A : le 17 juin 1940, il déclare « C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat » — alors que l'armistice n'est pas encore signé. L'allocution, largement diffusée, désorganise la résistance de nombreuses unités qui croient la guerre finie et déposent les armes, facilitant l'avance allemande et l'augmentation du nombre de prisonniers dans les jours précédant l'armistice du 22 juin. La formule, plus tard nuancée (« on cherche à cesser le combat »), illustre le rôle des mots d'un chef dans l'effondrement final. Elle marque aussi le début de l'aura de Pétain comme « sauveur » — aura qui fondera le régime de Vichy.









