Le renseignement et les Ardennes
Avant l'offensive, le renseignement allié tente de percer les intentions allemandes. Plusieurs indices, et même des avertissements (transmis notamment via des sources à Berlin), suggèrent que l'effort principal pourrait passer par les Ardennes — et non par la plaine de Belgique, comme le suppose le plan Dyle. Mais cette hypothèse heurte une certitude bien ancrée : les Ardennes, massif boisé et accidenté, sont réputées impraticables pour une masse de blindés.
Le 2e Bureau et le commandement doivent évaluer ces signaux. Prendre au sérieux la menace ardennaise et renforcer ce secteur (tenu par des unités de second rang). S'en tenir au plan établi, en jugeant les Ardennes infranchissables et l'effort principal attendu en Belgique. Ou chercher d'autres confirmations avant de bouleverser le dispositif.
Le poids des certitudes doctrinales, la difficulté d'interpréter des renseignements contradictoires et la crainte d'une intoxication compliquent l'analyse. Or se tromper sur l'axe de l'effort principal, c'est placer ses meilleures forces au mauvais endroit — exactement ce que cherche le plan Manstein.
Le commandement doit-il prendre au sérieux la menace ardennaise, s'en tenir au plan, ou chercher d'autres confirmations ?
Le commandement retient B : malgré des indices et des avertissements, il écarte l'hypothèse d'un effort principal par les Ardennes, fidèle à la conviction que le massif est infranchissable pour des blindés en masse. Le secteur reste tenu par des unités de réserve médiocres (comme la à Sedan). Cette erreur d'appréciation — l'un des plus grands échecs du renseignement de la guerre — place les meilleures forces alliées en Belgique, loin de l'endroit où la percée va se produire. Le plan Manstein exploite précisément ce préjugé. L'épisode illustre comment des certitudes doctrinales peuvent rendre aveugle à des renseignements pourtant disponibles : on ne voit que ce que l'on s'attend à voir.









