L'ordre d'évacuer — Gort et Dynamo
Le 25 mai 1940, le commandant en chef du corps expéditionnaire britannique, Lord Gort, fait face à la décision la plus lourde de sa carrière. Le front allié s'effondre, les Allemands ont atteint la Manche, et le plan allié prévoit encore une contre-attaque vers le sud pour rétablir la jonction avec le gros des forces françaises.
Gort, lui, juge la situation désespérée : il pense que la seule chance de sauver son armée est de renoncer à l'offensive vers le sud et de se replier vers Dunkerque pour évacuer par mer. Mais cela signifie abandonner ses alliés français, contrevenir aux ordres de coordination interalliée, et reconnaître la défaite sur le continent.
Gort peut exécuter la contre-attaque prévue vers le sud, conformément au plan allié, malgré son scepticisme. Décider de son propre chef le repli sur Dunkerque en vue d'une évacuation. Ou temporiser en attendant des instructions claires de Londres. De ce choix dépend la survie de la quasi-totalité de l'armée de terre britannique.
Gort doit-il lancer la contre-attaque vers le sud, ordonner le repli sur Dunkerque, ou attendre Londres ?
Gort choisit B : le 25 mai, de sa propre initiative, il renonce à la contre-attaque vers le sud et redéploie ses divisions pour couvrir le repli sur Dunkerque, anticipant l'évacuation. Londres approuve et déclenche l'opération Dynamo le 26 mai. La décision, prise contre le plan interallié et au prix de tensions avec les Français, permet de sauver l'essentiel du corps expéditionnaire — près de 338 000 hommes évacués au total. Diversement jugée (les Français y verront un abandon), elle préserve l'armée britannique et, avec elle, la capacité du Royaume-Uni à poursuivre la guerre. C'est l'un des arbitrages les plus conséquents de 1940.









