Le Saint-Louis appareille
Le 13 mai 1939, le paquebot allemand Saint-Louis quitte Hambourg pour La Havane avec à son bord plus de 900 passagers, en grande majorité des Juifs fuyant le Reich après la Nuit de Cristal. Ils détiennent des visas cubains et, pour beaucoup, des numéros d'attente pour entrer aux États-Unis. Le commandant, , marin allemand non nazi, s'efforce de traiter ses passagers avec dignité.
À l'arrivée, le drame se noue : Cuba, sur fond de querelles politiques et de tarif relevé, refuse de reconnaître la plupart des visas. Les passagers restent bloqués dans le port de La Havane, puis le navire est sommé de repartir. Les démarches auprès des États-Unis, dont le navire croise au large des côtes de Floride, n'aboutissent pas davantage : Washington applique strictement ses quotas.
Schröder reçoit l'ordre de rentrer en Europe. Plusieurs conduites s'offrent à lui face à cet ordre. Obéir et reconduire les passagers vers le port de départ, comme le veut sa hiérarchie ? Faire échouer volontairement le navire près d'une côte pour contraindre un sauvetage ? Ou manœuvrer et négocier, le temps que des pays tiers acceptent d'accueillir ces hommes, ces femmes et ces enfants ? De sa décision dépend le sort de centaines de réfugiés.
Schröder doit-il ramener ses passagers en Allemagne, ou tout tenter pour leur éviter ce retour ?
Schröder choisit C : il fait traîner le retour et soutient les négociations qui aboutissent, le 17 juin 1939, à la répartition des passagers entre le Royaume-Uni, la France, la Belgique et les Pays-Bas. Ceux débarqués au Royaume-Uni seront en sécurité ; mais l'invasion allemande de 1940 rattrapera une partie de ceux restés sur le continent. Selon les travaux des historiens, environ 250 des passagers du Saint-Louis périront ensuite dans la Shoah. L'odyssée du navire devient le symbole du refus des démocraties d'ouvrir leurs portes aux réfugiés. Schröder, qui s'était efforcé de protéger ses passagers, sera reconnu après la guerre Juste parmi les nations pour son attitude.









