Sorge — sur quoi braquer le réseau ?
À Tokyo, , journaliste allemand respecté et proche de l'ambassade du Reich, est en réalité l'un des plus efficaces agents de renseignement soviétiques de la guerre. Sa double position — confident de l'ambassadeur allemand et animateur d'un réseau pénétrant les cercles dirigeants japonais — lui donne accès à des secrets de premier ordre sur les intentions des deux puissances de l'Axe en Extrême-Orient.
Au printemps 1941, les indices d'une attaque allemande imminente contre l'URSS s'accumulent sur son bureau : confidences de diplomates, mouvements de troupes, dates qui circulent. Mais Staline, méfiant envers tout ce qui pourrait être une provocation britannique destinée à le brouiller avec Hitler, ignore obstinément les alertes qui lui parviennent — comme celles d'autres sources.
Sorge se trouve devant un choix d'agent : marteler à Moscou le danger d'une attaque allemande, au risque d'être tenu pour alarmiste et grillé ; concentrer plutôt son réseau sur la question vitale pour l'URSS — le Japon attaquera-t-il la Sibérie soviétique ? — ; ou se mettre en sommeil par prudence, sa couverture devenant fragile.
Sur quoi Sorge doit-il faire porter l'effort de son réseau au printemps 1941 ?
Sorge poursuit A, transmettant des avertissements de plus en plus précis sur l'invasion allemande — en vain, Staline n'en tenant pas compte jusqu'au 22 juin. Mais c'est par C qu'il rendra son plus grand service : à l'automne 1941, son réseau établit avec certitude que le Japon, ayant choisi d'attaquer vers le sud (les colonies européennes et les États-Unis), n'attaquera pas l'URSS en Sibérie. Cette information permet à Staline de transférer des divisions sibériennes aguerries vers Moscou, contribuant à sauver la capitale lors de la contre-offensive de décembre 1941. Sorge est arrêté par la police japonaise en octobre 1941 et exécuté en 1944. Son cas reste l'archétype du renseignement décisif que la défiance politique a d'abord laissé sans suite.









