Welles à Londres — 11-13 mars
Après Berlin et Paris (où il a rencontré Daladier le 7 mars et Reynaud ministre des Finances le 8 mars), arrive à Londres le 10 mars 1940. Sa mission : sonder les positions britanniques sur une éventuelle médiation.
Welles rencontre le Premier ministre le 11 mars, le Foreign Secretary Lord Halifax le 12 mars, et le Premier Lord de l’Amirauté le 13 mars. L’atmosphère londonienne est prudemment ouverte. Chamberlain dit explicitement : « Si Hitler accepte la restauration de la Pologne et de la Tchécoslovaquie, et le démantèlement des annexions sudètes, la Grande-Bretagne signera la paix. » Halifax confirme. Mais aucun des deux ne croit que Berlin acceptera ces conditions — Welles vient de leur dire que Hitler refuse tout retour territorial.
Le 13 mars, Welles rencontre Churchill seul à Admiralty House. Le ton est très différent : « Cette guerre, nous la mènerons jusqu’à la victoire totale. Il n’y aura pas de paix négociée avec ce régime. La civilisation occidentale exige son écrasement. » Welles quitte Londres avec une masse de notes contradictoires à trier.
Reste à savoir comment rendre compte à Roosevelt.
Comment Welles formule-t-il son rapport sur Londres pour Roosevelt ?
Welles transmet B à Roosevelt. Le rapport final, présenté à la Maison-Blanche le 30 mars, souligne la dualité britannique. Welles écrit explicitement : « Si Chamberlain reste Premier ministre, des opportunités de médiation pourront subsister. Si Churchill prend le pouvoir, la guerre deviendra totale. » L’analyse se révèle exacte deux mois plus tard : Chamberlain démissionne le 10 mai 1940 (jour de Fall Gelb), Churchill devient Premier ministre, et la doctrine « no peace without victory » devient officielle dès le 13 mai. La mission Welles confirme à Roosevelt qu’il faut accélérer la mobilisation industrielle américaine — préparation du Two-Ocean Navy Act. Welles termine sa tournée à Rome (16-19 mars, second rendez-vous Mussolini, toujours hostile), puis rentre à Washington. Bilan officiel : pas de médiation possible. Bilan informel : Roosevelt sait exactement où se situent toutes les positions des chefs européens — ce qui guidera la politique américaine pendant 18 mois.









