Dans la capitale du Reich, une poignée de correspondants étrangers tentent de raconter au monde la marche vers la guerre. Parmi eux, l'Américain , de la radio CBS, qui tient aussi un journal personnel. Berlin, fin août 1939, bruisse de rumeurs : le pacte avec Moscou vient d'être signé, les troupes se massent, la presse nazie déverse une propagande anti-polonaise frénétique.
Travailler sous le régime nazi est un exercice périlleux. La censure surveille chaque dépêche ; le ministère de la Propagande de Goebbels organise des conférences de presse où l'on déforme les faits ; un journaliste trop indépendant risque l'expulsion, voire pire. Mais rester sur place, c'est aussi être le témoin direct d'un basculement historique.
Shirer affronte un dilemme professionnel et moral. Rapporter ce qu'il voit et comprend, en contournant la censure au risque de l'expulsion et de perdre son poste d'observation ? S'autocensurer pour rester en place et continuer d'informer, fût-ce de façon bridée ? Ou quitter l'Allemagne, par sécurité et par refus de servir, même involontairement, la machine de propagande ? Le choix engage sa mission de témoin.
Shirer doit-il braver la censure au risque de l'expulsion, s'autocensurer pour rester, ou quitter Berlin ?
Shirer choisit un mélange de A et B : il reste à Berlin, compose avec la censure pour ses émissions tout en consignant dans son journal ce qu'il ne peut dire à l'antenne. Il y demeurera jusqu'à fin 1940, livrant à l'auditoire américain de précieux reportages sur l'Allemagne en guerre, avant de partir quand la pression devient trop forte. Son Journal de Berlin, puis son monumental Troisième Reich, compteront parmi les témoignages les plus lus sur la montée et l'apogée du nazisme. Le travail des correspondants étrangers de 1939 a légué à l'Histoire un regard de l'intérieur, arraché à la censure.









