Odessa, octobre 1941 : la mer ou la mort
Depuis la fin août 1941, le port d'Odessa est assiégé par la 4e armée roumaine, alliée de l'Allemagne, qui a lancé l'offensive du Sud sur les arrières soviétiques. La Région défensive d'Odessa, formée de la 51e division, de marins de la flotte de la mer Noire et de milices ouvrières, tient depuis deux mois, infligeant des pertes aux assiégeants mais s'usant elle aussi sous une pression qui ne faiblit pas.
Plus au nord, la Wehrmacht a percé en Ukraine et progresse vers la Crimée, verrou de la mer Noire et base de la flotte de Sébastopol. Odessa se retrouve isolée à des centaines de kilomètres derrière les lignes ennemies. Sur tout le front méridional, les réserves humaines manquent, les unités aguerries sont rares, et chaque secteur réclame des renforts que l'URSS peine à fournir simultanément.
La mer Noire demeure disputée, les voies terrestres restent coupées par l'ennemi, et le rapport de forces autour de la ville évolue de jour en jour. Le commandement de la Région défensive d'Odessa, placé sous l'autorité de la Stavka, doit arbitrer en quelques jours, sous le feu et dans le secret, entre des contraintes militaires, logistiques et politiques contradictoires. La décision engage le sort d'une garnison entière et pèsera sur l'ensemble du dispositif soviétique au sud.
Que doit décider le commandement soviétique d'Odessa face à un siège qui n'est plus tenable et à une Crimée menacée ?
Le commandement choisit d'évacuer la garnison par mer pour renforcer la Crimée. Sur ordre de la Stavka, du 1er au 16 octobre 1941, la flotte de la mer Noire organise l'une des évacuations maritimes les plus réussies de la guerre : entre 80 000 et 86 000 soldats, ainsi que civils, matériel et pièces d'artillerie, sont transportés vers la Crimée, principalement vers Sébastopol. L'opération est menée dans un secret remarquable : les Roumains, qui poursuivent leurs assauts, ne s'aperçoivent du départ que trop tard, et les troupes soviétiques décrochent du front de nuit, par phases, sans laisser l'ennemi exploiter la rupture. Odessa, qui n'avait plus de valeur opérationnelle décisive une fois la Crimée menacée, tombe le 16 octobre 1941. Les forces évacuées renforcent immédiatement la défense de la Crimée et de Sébastopol, qui résistera jusqu'en juillet 1942. La défense d'Odessa, qui avait immobilisé l'armée roumaine durant 73 jours, devint l'une des premières « villes-héros » de l'Union soviétique.









