La Charte de l'Atlantique
À l'été 1941, la Grande-Bretagne combat toujours, l'URSS vacille sous Barbarossa, et les États-Unis, bien que non belligérants, sont engagés jusqu'au cou dans le soutien matériel aux Alliés. Roosevelt et Churchill, qui correspondent depuis des mois, décident de se rencontrer en personne pour la première fois de la guerre, en secret, à bord de navires de guerre mouillés dans la baie de Plaisance, au large de Terre-Neuve.
Churchill espère arracher un engagement américain plus net, voire une entrée en guerre. Roosevelt, lui, ne peut aller si loin : l'opinion et le Congrès restent attachés à la non-belligérance, et une déclaration de guerre est hors de portée. La rencontre cherche néanmoins à donner au camp des démocraties un fondement commun.
Les deux dirigeants doivent décider de la portée du document à publier : sceller une alliance militaire formelle engageant les États-Unis ; se limiter à de simples protestations communes sans contenu contraignant ; ou proclamer une charte de principes — autodétermination des peuples, liberté des mers, renoncement aux conquêtes — qui définirait les buts de guerre sans engagement militaire immédiat. L'enjeu est de fixer un cap politique pour l'après-guerre.
Quelle portée Roosevelt et Churchill doivent-ils donner à leur déclaration commune ?
Les deux hommes choisissent de proclamer une charte de principes définissant les buts de guerre. Le 14 août 1941, ils rendent publique la Charte de l'Atlantique, déclaration en huit points : pas d'agrandissement territorial, droit des peuples à choisir leur gouvernement, liberté des mers et du commerce, coopération économique, renoncement à la force, désarmement des agresseurs. La Charte ne contient aucun engagement militaire — au grand dam de Churchill —, mais elle a une portée morale et politique immense : elle fixe les buts de guerre des démocraties, deviendra l'un des actes fondateurs des futures Nations unies, et son principe d'autodétermination résonnera jusque dans les empires coloniaux des signataires. Première rencontre Roosevelt-Churchill, elle scelle une alliance de fait, neuf mois avant que Pearl Harbor ne la rende officielle.









