Viazma, octobre 1941 : la milice face au choc
Au début d'octobre 1941, l'opération Typhon lance la grande offensive allemande sur Moscou. Les groupes de panzers de Hoth et de Hoepner, appuyés par la Luftwaffe, percent les lignes du front de l'Ouest sur la route de Smolensk et progressent vers l'est à une vitesse foudroyante. Le commandement soviétique, surpris par l'ampleur et la rapidité de la manoeuvre, peine à colmater les brèches qui s'ouvrent de part et d'autre du secteur de Viazma.
Pour étoffer un dispositif disloqué, l'Armée rouge engage en première ligne des divisions de l'opoltchenie, la milice populaire levée en hâte dans les usines et les universités de Moscou. Ouvriers, employés et étudiants y servent côte à côte, à peine instruits, dotés d'un armement disparate et insuffisant, parfois d'un fusil pour plusieurs hommes. Beaucoup n'ont reçu que quelques semaines d'exercice avant d'être jetés sur le chemin des blindés.
Aux abords du 6 octobre, les pointes mécanisées allemandes contournent Viazma par le nord et par le sud, menaçant de se rejoindre sur les arrières des armées soviétiques. Les liaisons se rompent, les ordres se contredisent, les routes vers l'est se chargent de réfugiés et de convois. Pour le volontaire de la milice tenant un fossé boueux, l'étau se resserre d'heure en heure. Le moment d'agir est venu.
En tant que volontaire de l'opoltchenie de Moscou, dans le secteur de Viazma le 6 octobre 1941, que décidez-vous ?
Les divisions de milice choisirent, le plus souvent sur ordre, de tenir leurs positions pour retarder l'ennemi malgré leur dénuement. Autour du 7 octobre 1941, les tenailles allemandes se refermèrent : la poche de Viazma-Briansk piégea environ 673 000 soldats soviétiques, dont la plupart furent tués ou faits prisonniers dans les semaines suivantes. Les divisions de l'opoltchenie, mal armées et privées d'appui, y furent en grande partie anéanties ; des unités entières disparurent presque sans laisser de survivants. Mais cette résistance désespérée, en immobilisant des forces allemandes considérables pour réduire la poche, fit gagner à Moscou un délai décisif. Ce répit permit à Joukov, rappelé de Léningrad, de réorganiser la défense sur la ligne de Mojaïsk et d'attendre l'arrivée des renforts sibériens, avant la contre-offensive de décembre qui sauva la capitale.









