Le plan Weygand
Devenu commandant en chef le 20 mai, le général Weygand conçoit un plan pour sauver la situation : couper le « couloir » étroit creusé par les Panzers jusqu'à la Manche, par une double attaque convergente — les armées du Nord (britanniques, françaises, belges) frappant vers le sud, les armées reconstituées au sud de la Somme frappant vers le nord. Réussie, l'opération isolerait les blindés allemands de leur infanterie et de leur ravitaillement.
Mais le plan exige une coordination parfaite entre des forces séparées, épuisées, mal reliées, de trois nationalités, sous une pression allemande constante. Le temps manque, les communications sont coupées, et chaque jour de retard rétrécit la fenêtre d'action.
Le commandement peut tenter la contre-attaque concertée Nord-Sud, seule chance théorique de renverser la situation, malgré l'extrême difficulté. Renoncer et organiser d'emblée l'évacuation par mer pour sauver les troupes du Nord. Ou temporiser en cherchant à rétablir d'abord les liaisons. L'exécution du « plan Weygand » dépendra de facteurs largement hors de contrôle — dont la coordination interalliée.
Le commandement allié doit-il tenter la contre-attaque concertée, renoncer pour évacuer, ou temporiser pour rétablir les liaisons ?
Le commandement tente A, mais le plan échoue : la contre-attaque concertée ne se matérialise jamais vraiment. La mort accidentelle de Billotte (coordinateur du Nord), l'épuisement des troupes, l'absence de liaisons fiables, la pression allemande et la décision de Gort de se replier sur Dunkerque rendent l'opération impossible. La seule action notable, la contre-attaque britannique d'Arras (21 mai), n'avait pas la profondeur requise. Faute d'avoir pu couper le couloir, les armées du Nord sont condamnées à l'évacuation (Dynamo). Le « plan Weygand », militairement pertinent sur le papier, restera l'illustration de l'impossibilité, à ce stade, de coordonner une coalition désarticulée face à un adversaire maître du tempo.









