Mi-mai 1940, les armées alliées du Nord — françaises, britanniques et belges — risquent l'encerclement à mesure que les blindés allemands atteignent la Manche. La coordination entre ces forces de nationalités différentes est vitale, et c'est le général français qui en a la charge, par délégation du généralissime Gamelin.
Billotte est le pivot de l'action commune : c'est lui qui doit harmoniser les plans de repli et de contre-attaque du corps expéditionnaire britannique, de l'armée belge et des armées françaises encerclées. Sans coordination, chacune agira pour elle-même, et l'étau allemand se refermera plus vite.
Le commandement allié, à ce stade, dépend largement d'un seul homme et de sa capacité à imposer une manœuvre concertée. Le système peut reposer sur Billotte comme coordinateur unique, désigner d'avance des suppléants clairs pour parer à toute défaillance, ou décentraliser la décision entre les commandants nationaux. Tout repose, à cet instant, sur la solidité d'une coordination confiée à un seul homme.
La coordination des armées du Nord doit-elle reposer sur le seul Billotte, prévoir des suppléants désignés, ou être décentralisée ?
Le dispositif repose de fait sur A — et le destin s'en mêle : le 21 mai 1940, au sortir d'une conférence interalliée à Ypres où s'esquissait enfin une contre-attaque concertée, Billotte est grièvement blessé dans un accident de voiture ; il meurt deux jours plus tard. Sa disparition prive les armées du Nord de leur unique coordinateur au moment le plus critique, et il faudra plusieurs jours pour le remplacer (par Blanchard). Cette vacance de commandement désorganise l'ultime tentative de contre-attaque alliée et précipite la décision britannique de se replier sur Dunkerque. L'épisode illustre la fragilité d'une coordination trop personnalisée : la perte d'un seul homme suffit à paralyser une coalition au bord du gouffre.









