Le pont de Gennep et les Brandebourgeois
La conquête rapide des Pays-Bas et la jonction avec les forces opérant plus au sud dépendent de la prise intacte des ponts sur la Meuse et les canaux. Or les défenseurs ont l'ordre de les détruire dès l'approche de l'ennemi. Pour déjouer ces destructions, l'Allemagne emploie une unité spéciale, les (Brandenburg), spécialistes de l'infiltration et de la ruse de guerre.
À Gennep, l'enjeu est un pont ferroviaire crucial. Les commandos peuvent tenter de s'en emparer par un coup de main déguisé : se faire passer pour des soldats néerlandais ou des prisonniers escortés afin de neutraliser les gardiens avant qu'ils ne fassent sauter l'ouvrage. La méthode, efficace, soulève la question du port de l'uniforme ennemi, contraire aux lois de la guerre.
Le commandement peut autoriser la ruse en uniforme adverse pour saisir le pont intact, recourir à un assaut classique au risque de voir l'ouvrage détruit, ou renoncer à ce point de passage. Le gain — un pont intact ouvrant la route aux renforts — se paie d'un procédé à la légalité douteuse.
Faut-il employer la ruse en uniforme ennemi pour saisir le pont de Gennep, donner l'assaut classique, ou renoncer ?
Les Allemands choisissent A : à l'aube du 10 mai, les commandos , usant de déguisements et de la confusion, s'emparent du pont ferroviaire de Gennep intact, permettant à un train blindé puis aux renforts de franchir la Meuse et d'enfoncer la défense néerlandaise. Le procédé, qui contrevient aux usages de la guerre (port de l'uniforme adverse), se révèle d'une grande efficacité tactique et illustre le rôle des opérations spéciales dans la rapidité du « Blitzkrieg ». De tels coups de main, à Gennep comme ailleurs, économisent un temps précieux en évitant la destruction des points de passage — mais préfigurent les controverses juridiques sur ce type de méthodes.









