Metaxas et le torpillage de l'Elli
, 69 ans, ancien général formé en Allemagne, est président du Conseil et maître de la Grèce depuis le coup de force du régime du 4 Août 1936. Autoritaire et germanophile de formation, il a néanmoins toujours su que la sécurité de la Grèce dépendait de la Royal Navy britannique qui domine la Méditerranée.
Depuis des mois, l'Italie de Mussolini multiplie les provocations contre Athènes : presse hostile, incidents de frontière en Albanie italienne, revendications. La tension monte régulièrement.
Le 15 août 1940, jour de la Dormition de la Vierge, plus grande fête religieuse orthodoxe, des milliers de pèlerins se pressent au port de Tinos autour du croiseur Elli, venu honorer la cérémonie. À 08h25, trois torpilles frappent le navire mouillé : l'Elli coule dans la rade. Les éclats d'obus de sous-marin retrouvés à bord sont italiens — le sous-marin Delfino en est l'auteur — mais Rome nie farouchement toute implication.
Metaxas connaît la vérité. Riposter, c'est entrer en guerre contre l'Italie sans alliés sur le sol grec. Se taire, c'est encaisser l'humiliation pour gagner du temps. Il tient le choix de la guerre ou de la paix.
Faut-il riposter au torpillage et entrer en guerre, ou rester neutre en taisant la responsabilité italienne ?
Metaxas applique B : il refuse de céder à la provocation. L'enquête de la marine établit l'origine italienne des torpilles, mais le gouvernement tait officiellement le résultat pour ne pas offrir à Rome le prétexte d'une guerre que la Grèce n'est pas prête à livrer. Athènes ne procède qu'à une mobilisation partielle et discrète, tout en renforçant ses défenses. Le calcul tient jusqu'à l'automne : le 28 octobre 1940, Mussolini adresse à Metaxas un ultimatum exigeant l'entrée de troupes italiennes en Grèce. Metaxas répond par un refus — le fameux « Όχι » (Ókhi, « Non ») célébré chaque année comme fête nationale — et la guerre éclate. L'armée grecque repoussera l'invasion italienne jusqu'en Albanie. Metaxas meurt le 29 janvier 1941, avant l'intervention allemande. Sa retenue d'août 1940 reste vue comme un sursis lucide gagné par un pays trop faible pour choisir son heure.









