Vichy, 13 décembre — le sort du dauphin
Depuis l'entrevue de Montoire en octobre, , vice-président du Conseil et dauphin désigné de Pétain, conduit la politique de collaboration avec l'Allemagne. Mais l'homme est détesté d'une grande partie de l'entourage du maréchal, qui lui reproche son style brutal, son goût du secret et son tropisme allemand. À Vichy, les intrigues de cour se multiplient.
Le différend prend un tour concret autour d'un geste symbolique : le retour à Paris des cendres de l'Aiglon, fils de Napoléon, que les Allemands offrent comme cadeau. Laval veut que Pétain s'y rende, ce que l'entourage soupçonne d'être un piège pour l'attirer en zone occupée. La méfiance personnelle se double d'une lutte de pouvoir : des ministres comme Peyrouton et l'amiral Darlan poussent à se débarrasser de Laval.
Le 13 décembre 1940, Pétain réunit son conseil. Il doit décider du sort de son dauphin : maintenir Laval malgré l'hostilité générale et la pression allemande, le renvoyer au risque d'irriter Berlin, ou tenter de le contenir en réduisant ses pouvoirs. La cohésion du régime et l'avenir de la collaboration sont en jeu.
Pétain doit-il maintenir Laval, le renvoyer ou le contenir ?
Pétain choisit B : le 13 décembre, il fait arrêter et révoquer Laval, dans une mise en scène quasi conspirative. La réaction allemande est vive — l'ambassadeur Abetz vient à Vichy exiger des explications et obtient la libération de Laval, mais non son retour au pouvoir. lui succède brièvement aux Affaires étrangères, avant que l'amiral Darlan ne devienne, en février 1941, le véritable numéro deux du régime et l'artisan d'une collaboration plus poussée encore. Le renvoi du 13 décembre ne marque donc aucun infléchissement de fond : c'est une crise de palais, non un changement de cap. Laval, écarté un temps, reviendra au pouvoir en avril 1942, avec le soutien allemand, pour mener Vichy jusqu'au bout de la collaboration.









