Le rationnement de la pénicilline
Été 1943. La pénicilline, premier antibiotique vraiment efficace, reste produite en quantités infimes : la quasi-totalité est réservée aux forces armées qui préparent les débarquements à venir. Pour la part civile, presque rien ne subsiste, et les demandes affluent de tout le pays : médecins, familles de malades mourants, hôpitaux.
Le War Production Board confie à , professeur à Boston et président du Comité de chimiothérapie, la charge de distribuer ce reliquat. La presse le surnomme bientôt le « tsar de la pénicilline ». Chaque flacon qu'il attribue est un flacon refusé à un autre patient, souvent condamné.
Keefer doit fixer une règle de répartition. Faut-il soulager le plus grand nombre de malades désespérés au nom de la compassion, concentrer le produit dans quelques centres pour en établir scientifiquement l'usage, ou maintenir la part civile au minimum afin de tout réserver à l'effort de guerre ?
Comment répartir la maigre production de pénicilline disponible pour les civils ?
Keefer choisit la voie scientifique (option B). Il réserva la pénicilline civile à un petit nombre d'hôpitaux sélectionnés et exigea, pour chaque demande, un dossier médical complet : la décision était prise « sur une base médicale, non émotionnelle ». Les doses allaient en priorité aux cas à forte mortalité n'ayant pas répondu aux autres traitements, et les patients étaient classés notamment selon leur « utilité pour la recherche ». Ce rationnement rigoureux, douloureux mais méthodique, permit d'établir rapidement les indications, posologies et limites de l'antibiotique, accélérant ensuite son déploiement massif en 1944-1945.









