Kaiser, le rivet et l'arc électrique
n'est pas un homme de la mer. Bâtisseur de barrages, de ponts et de routes, il s'est lancé dans la construction navale en montant ses chantiers de Richmond, sur la baie de San Francisco, pour produire des cargos à un rythme que l'industrie navale traditionnelle juge impossible.
Le métier impose le rivetage : des équipes qualifiées assemblent les tôles plaque par plaque, sur cale, pendant des mois. Mais Kaiser manque de riveteurs expérimentés et veut transposer les méthodes de la production de masse : préfabrication de grandes sections en atelier, assemblage en parallèle, et soudure à l'arc électrique à la place des rivets.
Le rivetage est éprouvé et tolère mieux les défauts d'une main-d'oeuvre novice, mais il est lent et alourdit la coque. La soudure promet vitesse et économie de main-d'oeuvre, mais c'est une technique jeune pour des coques entières, dont la tenue en mer reste à prouver. Kaiser doit trancher.
Chantier naval de Richmond, août 1941 : comment assembler les coques des cargos à une cadence inédite ?
Kaiser opta pour la coque entièrement soudée et la préfabrication en sections, décision prise en concertation avec la Maritime Commission et l'American Bureau of Shipping. Cette méthode réduisit spectaculairement les délais (de plusieurs mois à quelques semaines) et permit d'employer une main-d'oeuvre peu qualifiée, dont de nombreuses femmes. Le revers apparut pendant la guerre : des coques soudées se fissurèrent, certaines se brisant en 2. Les travaux de montrèrent après coup que la cause était la fragilisation de l'acier au froid et la propagation libre des fissures dans une coque monobloc soudée, défaut corrigé par des renforts et un meilleur acier.
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