À la mi-août 1941, l' a perdu des millions d'hommes, tués, blessés ou capturés dans les encerclements de Barbarossa. Des généraux entiers se rendent ; la propagande allemande exhibe des prisonniers de haut rang, y compris — c'est un cas retentissant — , le propre fils de Staline, capturé en juillet. Des tracts allemands largués sur les lignes soviétiques vantent le bon traitement des captifs pour accélérer les redditions.
Pour le dictateur soviétique, cette hémorragie et ces redditions menacent la cohésion même du front. La doctrine et la terreur stalinienne ne tolèrent ni recul ni capitulation, et la crise impose d'arbitrer le degré de répression à infliger.
Staline et la Stavka doivent décider de la sanction : s'en tenir aux peines militaires habituelles contre les déserteurs ; édicter un ordre impitoyable assimilant tout soldat capturé à un traître et punissant jusqu'à ses proches ; ou miser sur l'encouragement et la propagande patriotique plutôt que sur la terreur. Le choix engage le rapport de l'État soviétique à ses propres soldats.
Comment Staline doit-il répondre aux redditions massives de l'Armée rouge ?
Staline édicte un ordre assimilant tout capturé à un traître et punissant son entourage. La situation appelait à ses yeux une réponse d'une dureté inédite, frappant non seulement les fuyards mais leurs familles. L'ordre n°270, du 16 août 1941, déclare « traîtres à la patrie » les commandants et commissaires qui se rendent, ordonne de les abattre sur place, et prévoit l'arrestation des familles des officiers captifs et la privation d'aides pour les familles des soldats prisonniers. Combiné aux détachements de barrage (qui tirent sur les fuyards) et aux tribunaux expéditifs, il instaure une terreur destinée à interdire toute reddition. La mesure raidit la résistance soviétique — il devient plus dangereux de se rendre que de combattre —, mais au prix de souffrances supplémentaires pour les prisonniers et leurs familles, doublement victimes de l'ennemi et de leur propre État. L'ordre n°270 illustre la brutalité du système stalinien dans la guerre, en miroir des crimes de l'occupant.









