Rentrer d'exil pour relever l'étendard
Cinq ans plus tôt, en mai 1936, les troupes de Mussolini entraient dans Addis-Abeba et chassaient du trône l'empereur Haïlé Sélassié Ier. Depuis, le souverain vit en exil à Bath, en Angleterre, dans la maison de Fairfield, tandis que l'Italie proclame son « Empire » d'Afrique orientale. Sa cause semblait perdue ; à la Société des Nations, son appel de 1936 était resté lettre morte.
L'entrée en guerre de l'Italie change tout. En 1940, les Britanniques font venir l'empereur à Khartoum, au Soudan, pour qu'il devienne l'étendard d'une reconquête. Le théâtre est immense : l'Afrique orientale italienne du duc d'Aoste est puissante sur le papier mais isolée, coupée de tout ravitaillement depuis la fermeture de la mer Rouge.
Sur le terrain, un officier britannique aussi brillant qu'excentrique, le colonel , organise la : une poignée d'Européens encadrant des « patriotes » éthiopiens et des soldats soudanais, destinés à harceler l'occupant. Wingate veut que l'empereur lui-même franchisse la frontière pour soulever le pays. Mais l'option inverse existe : laisser les armées régulières du Commonwealth faire la reconquête et ne rentrer qu'une fois la victoire acquise, sans exposer la personne du monarque dans une campagne de guérilla incertaine.
Haïlé Sélassié doit-il franchir lui-même la frontière pour mener la résistance intérieure ?
Haïlé Sélassié choisit A : le 18 janvier 1941, accompagné de Wingate, il franchit la frontière soudano-éthiopienne près du village d'Um Iddla ; deux jours plus tard, il fait dresser l'étendard du Lion de Juda sur le sol national. Aux côtés de la , qui traverse des centaines de kilomètres de désert avec quelques milliers d'hommes, il rallie les patriotes et harcèle les garnisons italiennes pendant que les offensives régulières de Platt au nord et de Cunningham au sud font s'effondrer la colonie. Le 5 mai 1941 — cinq ans jour pour jour après la chute de sa capitale —, Haïlé Sélassié rentre triomphalement à Addis-Abeba, premier souverain chassé par l'Axe à recouvrer son trône. Il appelle alors son peuple à ne pas se venger.









