Tikhvine, novembre 1941 : la dernière artère de Leningrad
Au matin du 9 novembre 1941, le froid mord déjà les forêts marécageuses au sud-est du lac Ladoga. La veille, les divisions allemandes ont enfoncé la défense soviétique et pris Tikhvine, petite ville ferroviaire dont nul, à Berlin comme à Moscou, ne soupçonnait l'importance vitale quelques semaines plus tôt. C'est ici que passait la voie ferrée acheminant vivres et munitions jusqu'aux quais d'où les barges traversaient le Ladoga vers Leningrad encerclée. En coupant ce cordon, l'ennemi menace d'asphyxier une cité de plus de deux millions d'âmes où la famine s'installe déjà, ration après ration.
Le général Kirill Meretskov hérite d'un secteur en lambeaux. Ses unités, épuisées et clairsemées, ont reculé sous la poussée du groupe d'armées Nord ; les routes se transforment en bourbiers gelés et les colonnes de ravitaillement peinent à suivre. Pourtant, l'adversaire est loin de ses bases, étiré sur des flancs exposés, mal préparé à l'hiver russe qui descend. À l'ouest, sur le lac lui-même, on improvise une piste sur la glace pour suppléer la voie perdue, mais elle ne supportera jamais à elle seule le poids du siège. Chaque jour compte : les réserves de Leningrad fondent à vue d'œil.
Meretskov doit trancher vite, sous le regard inquiet de la Stavka.
Face à la chute de Tikhvine et à l'étranglement de Leningrad, quelle décision le général Meretskov doit-il prendre ?
Meretskov choisit la contre-offensive immédiate. Profitant de l'épuisement et de l'isolement des forces allemandes étirées loin de leurs bases, les armées soviétiques de l'aile droite passèrent à l'attaque dès la mi-novembre. Après des semaines de combats acharnés dans le froid extrême, Tikhvine fut reconquise le 9 décembre 1941, première reprise significative d'une ville par l'Armée rouge. La victoire rétablit la voie ferrée alimentant la « route de la vie » sur le Ladoga, juste avant le cœur de l'hiver, et sauva Leningrad d'un effondrement par la faim, même si la famine y tua plusieurs centaines de milliers de civils durant le siège. Cette offensive locale annonça la grande contre-attaque soviétique de l'hiver 1941-1942.









