À l'été 1940, une fois la France figée par les armistices, l'administration tente d'évaluer l'ampleur de l'exode — le plus grand déplacement de population de l'histoire de l'Europe occidentale au XXe siècle. Les sources sont éparses : registres préfectoraux, recensements communaux, rapports de la SNCF, comptes rendus des villes d'accueil (Bordeaux, Toulouse, Pau, Limoges, Périgueux).
Trois inconnues majeures se posent. Combien de personnes ont quitté leur domicile entre mai et juin 1940 ? Combien sont mortes en chemin — mitraillages, épuisement, accidents, enfants perdus ? Combien sont rentrées chez elles avant la fin de l'année ? L'estimation conditionne la gestion du retour, du ravitaillement et de l'aide aux familles séparées.
Les chiffres manquent d'autant plus que beaucoup de fuyards n'ont jamais été enregistrés et que des familles restent dispersées à l'automne. La difficulté du chiffrage est réelle, dans un pays administrativement désorganisé. L'enjeu n'est pas que statistique : il s'agit de mesurer un traumatisme national fondateur de la mémoire de 1940.
Quel ordre de grandeur retenir pour le nombre de Français jetés sur les routes ?
L'historiographie contemporaine retient B : 8 à 10 millions de personnes ont fui sur les routes en mai-juin 1940, chiffre établi par et confirmé par et . C'est le plus grand mouvement de population de l'Europe occidentale du XXe siècle. Le bilan humain est lourd mais difficile à fixer : plusieurs dizaines de milliers de morts (mitraillages, accidents, épuisement) — souvent estimés entre 30 000 et 50 000 — et des centaines de milliers d'enfants temporairement séparés de leurs parents, dont la plupart seront retrouvés. La majorité des fuyards rentrent chez eux à l'automne 1940, sous occupation. L'exode marque durablement la mémoire collective française : il devient le symbole de l'effondrement de juin 1940.









