Ultra a parlé, mais Freyberg regarde la mer
Le major-général , héros néo-zélandais de la Grande Guerre et choix personnel de Churchill, prend le commandement des forces alliées de Crète le 30 avril 1941. Il n'est pas enchanté : sa garnison est un assemblage hétéroclite de Britanniques, de Néo-Zélandais et d'Australiens évacués de Grèce, mal équipés et presque sans couverture aérienne.
Or Freyberg dispose d'un atout extraordinaire. Grâce à Ultra, le déchiffrement des codes de la Luftwaffe, le commandement britannique connaît les plans allemands de l'opération Mercure : un assaut aéroporté massif visant les aérodromes de Maleme, Réthymnon et Héraklion. Le 6 mai, Ultra donne les cibles ; le 15, la date est fixée au 19, puis au 20.
Mais le renseignement lui est transmis maquillé en rapport d'un espion d'Athènes, pour ne jamais trahir sa source. Et la doctrine de l'époque veut qu'une île se prenne par la mer : aucune n'est encore tombée sous le seul effet de parachutistes. Freyberg doit donc soupeser la précision d'un renseignement qu'il ne peut pas pleinement assumer contre une menace maritime que toute son expérience d'officier lui apprend à redouter.
Le 20 mai au matin, alors que les premiers Junkers approchent, tout repose sur la répartition de ses maigres réserves.
Freyberg doit-il concentrer ses forces contre l’assaut aéroporté qu’Ultra lui a précisément annoncé, ou se garder contre le débarquement maritime qu’il redoute ?
Freyberg choisit B : malgré la précision d'Ultra, il maintient l'essentiel de son dispositif tourné vers une menace maritime qui ne viendra jamais sous cette forme, et laisse l'aérodrome de Maleme défendu par le seul . Quand l'assaut aéroporté allemand frappe le 20 mai 1941 — « ils sont pile à l'heure », remarque-t-il à son petit-déjeuner —, il refuse d'employer son artillerie contre les planeurs et hésite à lancer la contre-attaque qui aurait écrasé les parachutistes avant qu'ils ne s'organisent. Dans la nuit du 20 au 21, le 22ᵉ se retire de la cote 107, livrant la piste. Les transporteurs allemands se posent alors en masse. Cette fixation sur un débarquement fantôme au large de La Canée, soulignent les historiens, a transformé un avantage de renseignement inouï en l'une des plus amères défaites britanniques de la guerre.









