Depuis septembre 1940, Londres et les villes britanniques subissent le Blitz, les bombardements nocturnes allemands. Mais à l'insu des Britanniques, la Luftwaffe s'apprête à se redéployer vers l'Est pour l'invasion de l'URSS : la nuit du 10 au 11 mai 1941 sera, sans qu'on le sache encore, le dernier grand raid sur la capitale — et l'un des plus violents.
Cette nuit-là, une pleine lune et une marée basse sur la Tamise — qui prive les pompiers d'eau — offrent des conditions idéales aux quelque 500 bombardiers allemands. Des milliers de bombes incendiaires et explosives s'abattent sur la ville. La Chambre des communes est détruite, l'abbaye de Westminster, la Tour de Londres et le British Museum endommagés ; des centaines d'incendies se rejoignent.
Nos pompiers et auxiliaires de la défense passive (Auxiliary Fire Service, ARP wardens) affrontent un brasier qui dépasse leurs moyens, avec des conduites d'eau rompues. Comme aux pires nuits du Blitz, chacun doit choisir où porter l'effort : protéger les monuments et bâtiments symboliques ; sauver d'abord les vies dans les quartiers d'habitation et les abris touchés ; ou contenir la propagation des incendies vers les zones encore intactes.
Où les secours doivent-ils concentrer leurs moyens cette nuit-là ?
Les secours privilégient B et C, sans pouvoir empêcher des destructions considérables. La nuit du 10 au 11 mai 1941 fait près de 1 400 morts à Londres, plus de 1 800 blessés, et endommage des milliers de bâtiments dont le cœur du pouvoir parlementaire. C'est le raid le plus meurtrier du Blitz sur la capitale. Pourtant, dans les jours qui suivent, les attaques cessent presque : la Luftwaffe transfère ses escadres vers l'Est pour Barbarossa. Mai a vu d'autres villes frappées : Liverpool, bombardée sept nuits du 1er au 7 mai (près de 1 900 morts), et Belfast, dont le total des raids approche le millier de tués. Le Blitz aura tué plus de 40 000 civils britanniques depuis septembre 1940. La ville a tenu ; le mythe du « Blitz spirit » se nourrit de ces nuits, même si la réalité fut faite autant d'épuisement et de peur que de stoïcisme.









