Kamenets-Podolski — le seuil franchi
À l'été 1941, les massacres de Juifs sur le front de l'Est franchissent un nouveau seuil. Jusque-là visant surtout les hommes adultes, ils s'étendent désormais, sur ordre venu d'en haut, aux femmes et aux enfants : c'est le passage de tueries « sélectives » à l'extermination de communautés entières. Le SS-Obergruppenführer , chef supérieur de la SS et de la police pour le Sud de l'URSS, est l'un des principaux organisateurs de cette escalade.
À Kamenets-Podolski, en Ukraine, la situation est aggravée par un afflux : la Hongrie, alliée de l'Axe, a expulsé vers les territoires occupés quelque 16 000 Juifs « apatrides », qui s'ajoutent à la population juive locale. Les autorités allemandes, embarrassées de ces déportés, y voient une « occasion ».
Jeckeln doit décider du sort de ces dizaines de milliers de personnes : organiser leur internement et leur exploitation comme main-d'œuvre ; les renvoyer en Hongrie d'où ils viennent ; ou procéder à leur mise à mort de masse, méthode désormais prônée par la hiérarchie SS pour « résoudre » la question. Le choix fera de Kamenets-Podolski un précédent.
Que décide Jeckeln du sort des Juifs rassemblés à Kamenets-Podolski ?
Jeckeln choisit C. Du 26 au 28 août 1941, ses unités — , police d'ordre, auxiliaires — fusillent environ 23 600 Juifs, locaux et déportés de Hongrie, hommes, femmes et enfants, au bord de fosses, selon une méthode d'entassement systématique. C'est, à cette date, le plus grand massacre de la Shoah par balles, et un seuil décisif : pour la première fois à cette échelle, des communautés entières sont anéanties sans distinction d'âge ni de sexe. Jeckeln perfectionnera ensuite ces techniques (Babi Yar à Kiev en septembre, ~33 000 victimes ; Rumbula près de Riga en novembre). Kamenets-Podolski marque le moment où la « Shoah par balles » devient extermination totale — préfiguration, à ciel ouvert, du génocide qui se systématisera ensuite dans les centres de mise à mort.









