L'usine Kirov sous les obus
Au début d'octobre 1941, Leningrad est encerclée. Les armées allemandes du groupe Nord, appuyées par les Finlandais, ont coupé toutes les voies terrestres reliant la ville au reste de l'URSS depuis le 8 septembre. Seul un mince cordon par le lac Ladoga subsiste, sous le feu. À l'intérieur, près de trois millions de civils sont pris au piège, et les premières restrictions alimentaires laissent déjà entrevoir la famine qui s'annonce avec l'hiver.
Au sud de la ville se dresse l'immense usine Kirov, l'ancienne Poutilov, l'un des grands centres industriels de l'Armée rouge. Mais le front n'est plus qu'à quelques kilomètres : les ateliers comme les quartiers alentour travaillent désormais à portée de l'artillerie allemande, sous les bombardements et les coupures de courant. Les autorités cherchent à la fois à maintenir un effort de guerre, à mettre certains équipements et certaines équipes à l'abri vers l'Oural, et à fortifier les approches menacées de la ville.
Pour les ouvrières et ouvriers de la ville, chaque journée mêle le danger des obus, le froid grandissant et les rations qui fondent. Les mots d'ordre se multiplient, parfois contradictoires, et chacun doit décider de la place qu'il occupera dans la défense de Leningrad. Pour une ouvrière des chaînes Kirov, l'heure du choix est venue.
À l'automne 1941, dans Leningrad assiégée, que décide cette ouvrière de l'usine Kirov ?
Beaucoup choisissent de rester produire et réparer des chars dans l'usine bombardée. Si une partie notable des machines-outils et de la main-d'œuvre de Kirov fut bel et bien évacuée vers Tcheliabinsk — où le « Tankograd » de l'Oural devint le grand centre soviétique de chars lourds —, des équipes demeurèrent à Leningrad et continuèrent de fabriquer et surtout de réparer les KV jusqu'au bout du siège, souvent à quelques kilomètres seulement de la ligne de front. Les ateliers travaillèrent sous les obus, dans le froid et la faim du terrible hiver 1941-1942, qui tua des centaines de milliers de Léningradois. Les pertes parmi les ouvriers, par les bombardements comme par l'inanition, furent lourdes ; certains s'effondraient à leur poste. Cette résistance industrielle, conjuguée à la défense acharnée de la ville par les troupes de Joukov puis de ses successeurs, contribua à faire tenir Leningrad pendant près de 900 jours, jusqu'à la levée définitive du blocus en janvier 1944.









