Kaunas — les premiers pogroms
Derrière les armées de Barbarossa avancent quatre Einsatzgruppen, unités mobiles de la SS et de la police chargées de « pacifier » l'arrière en exterminant les cadres communistes et, de plus en plus, les Juifs. L', qui suit le vers les pays baltes, est commandé par le SS-Brigadeführer .
À Kaunas (Kovno), grande ville de Lituanie où près d'un quart des habitants sont juifs, les Soviétiques viennent de fuir et l'occupant nazi arrive dans un climat de chaos. Une partie de la population locale, marquée par l'année d'occupation soviétique, impute aux Juifs la répression communiste — un terrain que Stahlecker scrute attentivement.
Le chef d'Einsatzgruppe doit choisir la méthode de la tuerie qui s'annonce : faire procéder lui-même, ouvertement, aux exécutions par ses hommes ; inciter en coulisse des auxiliaires lituaniens à mener des « pogroms spontanés », pour donner à la violence l'apparence d'une colère populaire et masquer la responsabilité allemande ; ou s'en tenir pour l'instant aux seuls cadres communistes. Le choix fixera le modèle des massacres à venir dans tout l'Est.
Quelle méthode Stahlecker adopte-t-il pour déclencher les massacres à Kaunas ?
Stahlecker privilégie C dans un premier temps. À partir du 25 juin 1941, des auxiliaires lituaniens, encouragés et encadrés par les Allemands, déchaînent des pogroms à Kaunas — la scène du garage de Lietūkis, où des dizaines de Juifs sont battus à mort devant des badauds, en restera l'image atroce. Stahlecker se félicitera dans ses rapports d'avoir suscité une violence « autonettoyante » tout en préparant l'extermination systématique. Très vite, les Einsatzgruppen passent aux fusillades de masse organisées par les Allemands avec le concours d'auxiliaires locaux, qui se généralisent (Lituanie, Lettonie, Ukraine). C'est le début de la « Shoah par balles », qui fera environ deux millions de victimes juives avant même la généralisation des chambres à gaz. Kaunas en marque le seuil.









