Quelques semaines avant Barbarossa, le haut commandement allemand a préparé, sur l'impulsion de Hitler, une série d'« ordres criminels » destinés à faire de la guerre à l'Est une guerre d'anéantissement. Parmi eux, le Kommissarbefehl — l'« ordre des commissaires » — du 6 juin 1941, appliqué dès le 22.
Le texte vise les commissaires politiques (politruks) de l', ces officiers chargés de l'encadrement idéologique des troupes. L'idéologie nazie les présente comme les incarnations du « judéo-bolchevisme » et les « véritables meneurs » de la résistance soviétique. L'ordre prescrit qu'ils soient, contrairement à toute règle du droit de la guerre, exclus du statut de prisonnier et abattus immédiatement après capture.
Pour les officiers de la Wehrmacht, l'ordre pose un cas de conscience que l'institution prétend trancher d'avance : exécuter sans réserve cet ordre manifestement illégal au nom de l'obéissance et de l'idéologie ; le contourner discrètement par refus moral ou militaire ; ou le transmettre tout en fermant les yeux sur son application. La conduite de millions de soldats face à cet ordre est en jeu.
Comment la Wehrmacht doit-elle traiter l'ordre d'exécuter les commissaires soviétiques capturés ?
Dans l'immense majorité des cas, c'est A ou C qui prévaut : durant les premiers mois de Barbarossa, des milliers de commissaires capturés sont fusillés en application de l'ordre, avec la participation directe d'unités de la Wehrmacht et non des seules SS. Quelques officiers le contournent, mais les refus ouverts restent rares. L'ordre est si manifestement contraire au droit qu'il finit par être officiellement suspendu en mai 1942 — non par scrupule, mais parce qu'il pousse les commissaires et les soldats soviétiques à se battre jusqu'au bout plutôt que de se rendre. Le Kommissarbefehl, comme le décret Barbarossa, établit la complicité institutionnelle de l'armée allemande dans les crimes de l'Est et démantèle après-guerre la légende d'une « Wehrmacht propre ».









