Abbeville — le sort des internés
Au début de l'invasion, les autorités belges ont fait arrêter des centaines de « suspects » — étrangers, militants politiques jugés dangereux — sur ordre de l'auditeur général Ganshof van der Meersch. Parmi ces internés administratifs figurent des figures de l'extrême droite flamande et francophone, dont (fondateur du Verdinaso, fasciste mais hostile au nazisme) et . Beaucoup sont transférés vers la France à mesure que l'armée recule.
Le 20 mai 1940, un convoi d'internés arrive à Abbeville, dans la Somme, en pleine débâcle et au sommet de la psychose de la cinquième colonne. Leurs gardiens français, persuadés d'avoir affaire à de possibles agents ou collaborateurs de l'ennemi, doivent décider de leur sort dans le chaos.
Les options sont nettes et lourdes. Exécuter sommairement les internés, par crainte qu'ils ne profitent de l'avance allemande ou ne deviennent des « cinquièmes colonnes ». Les maintenir prisonniers en attendant une décision régulière. Ou les relâcher faute de charges. Van Severen lui-même se propose pour parlementer et plaider l'innocence des détenus.
Faut-il exécuter les internés d'Abbeville par crainte de la cinquième colonne, ou les épargner ?
Les soldats français choisissent A : le 20 mai 1940, vingt et un internés (en majorité des ressortissants étrangers et des détenus belges), dont et son secrétaire , sont fusillés sommairement à Abbeville. Van Severen, qui s'était porté volontaire pour plaider l'innocence des prisonniers, est abattu. L'acte, produit de la panique et de la psychose de la cinquième colonne, est un crime : un conseil de guerre français condamnera en 1942 les responsables (le lieutenant Caron et le sergent Mollet) à mort, peine exécutée. Le massacre d'Abbeville reste, côté allié, l'un des épisodes les plus sombres de la débâcle de 1940.









