Mi-février 1941, l'opération Compass a atteint El Agheila et anéanti la italienne : toute la Cyrénaïque est conquise, la route de Tripoli semble ouverte. Le commandant en chef du Moyen-Orient, le général , doit décider de la suite, sous des pressions contraires.
Son chef de terrain victorieux, O'Connor, veut foncer sur Tripoli : prendre la capitale de la Libye italienne chasserait l'Axe d'Afrique du Nord pour de bon et offrirait des aérodromes pour frapper la Sicile et l'Italie. Mais à Londres, Churchill a une autre priorité : secourir la Grèce, menacée par une invasion allemande imminente, en y envoyant un corps expéditionnaire prélevé sur les forces de Libye.
Wavell connaît les limites de ses moyens : les blindés sont usés, les lignes de ravitaillement immenses, la Royal Navy débordée, et la Luftwaffe désormais présente en Sicile. Il doit arbitrer entre trois options : pousser jusqu'à Tripoli pour parachever la victoire africaine ; s'arrêter et tenir la Cyrénaïque avec un minimum de forces pour libérer des troupes destinées à la Grèce ; ou répartir l'effort entre les deux, au risque d'être trop faible partout.
Wavell doit-il pousser sur Tripoli ou s'arrêter pour secourir la Grèce ?
Wavell choisit B, conformément à la priorité fixée par Londres : l'avance s'arrête à El Agheila, la Cyrénaïque est tenue par une garnison réduite et inexpérimentée, et les meilleures unités (Australiens, Néo-Zélandais, blindés) sont réorientées vers la Grèce. La décision est doublement malheureuse : l'expédition de Grèce échouera en avril face aux Allemands, tandis que Rommel, arrivé entre-temps, exploitera la faiblesse de la garnison de Cyrénaïque pour reconquérir presque tout le terrain en quelques semaines — O'Connor lui-même sera fait prisonnier en avril. Le choix de février 1941 illustre le dilemme stratégique britannique : disperser des moyens insuffisants entre trop de fronts. O'Connor, persuadé qu'on lui faisait manquer une victoire totale, restera amer.









