L'or de la Banque nationale
À l'approche de l'invasion, la Banque nationale de Belgique doit mettre à l'abri ses réserves d'or — un trésor national considérable — pour qu'elles ne tombent pas aux mains de l'occupant. Une partie a été placée à l'étranger (Royaume-Uni, États-Unis), mais un important stock doit encore être évacué dans l'urgence.
Le choix du refuge est lourd de conséquences. Confier l'or à la France, alliée et voisine, paraît naturel et sûr — mais que se passera-t-il si la France elle-même est vaincue ? L'envoyer plus loin (Royaume-Uni, Amérique, colonies) est plus sûr mais plus difficile à organiser dans la précipitation.
Les dirigeants peuvent confier l'or à la Banque de France, par solidarité alliée et facilité. L'expédier au plus loin (Royaume-Uni, États-Unis, Afrique) pour le soustraire à tout risque continental. Ou en disperser le dépôt entre plusieurs destinations. Le sort de ce trésor — et la confiance dans une alliée qui pourrait, elle aussi, succomber — est en jeu.
La Banque nationale doit-elle confier son or à la France, l'expédier au plus loin, ou le disperser ?
Une part importante de l'or belge est confiée à la Banque de France (A) — décision qui tournera mal. La France, censée le mettre en sûreté outre-mer (via Dakar), capitule ; sous Vichy, et sur fond de pressions allemandes, cet or belge est en partie transféré à la Reichsbank allemande. La Banque nationale de Belgique intentera après-guerre une longue action contre la Banque de France, qui devra indemniser la Belgique. L'affaire de l'or belge illustre le risque de confier un trésor national à un allié lui-même vaincu, et devient l'un des contentieux financiers majeurs de l'après-guerre. La part envoyée plus loin (Londres, États-Unis), elle, fut préservée.









