Le Ark Royal torpillé au large de Gibraltar
Cet après-midi du 13 novembre 1941, votre porte-avions rentrait vers Gibraltar, à une trentaine de milles à peine du môle, après avoir convoyé des chasseurs vers Malte. Un seul sillage a suffi : une torpille de l'U-81 a frappé tribord, sous la ligne de flottaison, ouvrant dans la coque une longue déchirure. Les machines s'arrêtent, la gîte croît dangereusement, et l'eau gagne déjà les soutes voisines. Vous êtes le commandant, debout sur une passerelle qui penche, et chaque minute compte.
Votre navire est un symbole : l'un des plus modernes porte-avions de la flotte, que la propagande ennemie a maintes fois proclamé coulé. Le perdre serait un coup au moral autant qu'à la puissance aéronavale en Méditerranée. Mais la réalité technique est implacable : la gîte menace de noyer les conduits de cheminée et d'éteindre les chaudières, donc l'énergie qui anime les pompes. Sans propulsion ni électricité, lutter devient une course contre la montée des eaux. Gibraltar est proche, des destroyers d'escorte se rangent à vos côtés, prêts à manœuvrer dès que vous aurez tranché.
Trois voies s'ouvrent, et l'équipage attend votre ordre.
Quel ordre donnez-vous pour décider du sort de votre porte-avions touché ?
Le commandant choisit de se battre pour sauver le navire : équipes de contre-inondation pour réduire la gîte, puis remorquage vers Gibraltar tout proche. Le Ark Royal resta à flot une quatorzaine d'heures avant de chavirer et sombrer le 14 novembre 1941. Comme l'évacuation avait été ordonnée à temps, un seul homme périt, l'Able Seaman Edward Mitchell, sur quelque 1 500 hommes d'équipage. L'enquête révéla des défauts de cloisonnement et de gestion de la gîte (noyage des conduits de cheminée éteignant les chaudières) qui scellèrent son sort. L'épave repose par environ 1 000 mètres de fond, à une trentaine de milles de Gibraltar, où elle fut localisée en 2002.









