La Roumanie entre deux feux
La Roumanie du roi détient un atout convoité et un péril : le pétrole de Ploiești, l'un des rares gisements majeurs d'Europe. Coincée entre l'Allemagne, l'URSS, la Hongrie et la Bulgarie — toutes susceptibles de réclamer des territoires —, elle cherche un protecteur sans s'aliéner les autres.
En mars 1939, sous pression, Bucarest a signé avec Berlin un traité économique liant étroitement l'agriculture et le pétrole roumains aux besoins allemands. En avril, le Royaume-Uni et la France lui ont accordé une garantie, comme à la Pologne et à la Grèce. La Roumanie se retrouve ainsi tiraillée.
doit fixer un cap. S'arrimer économiquement à l'Allemagne, fournisseur d'armes et débouché du pétrole, au risque d'une dépendance totale ? Se ranger résolument du côté des Alliés en s'appuyant sur leur garantie, au risque de provoquer Berlin et Moscou ? Ou jouer la neutralité stricte, en monnayant ses ressources au plus offrant tout en évitant tout engagement ? La survie territoriale du royaume est en jeu. La moindre erreur d'appréciation pourrait coûter au royaume des provinces entières, dans une région où chacun de ses voisins nourrit des appétits territoriaux.
Carol II doit-il arrimer la Roumanie à l'Allemagne, se ranger derrière la garantie alliée, ou jouer la neutralité ?
tente un équilibre instable, dominé par A : tout en conservant la garantie alliée, il approfondit les liens économiques avec l'Allemagne, dont il dépend pour ses débouchés et ses armes. La Roumanie proclamera sa neutralité au début de la guerre, mais l'effondrement de la France en 1940, puis les amputations territoriales subies au profit de l'URSS, de la Hongrie et de la Bulgarie, la feront basculer entièrement dans l'orbite allemande. Le grand écart de 1939 n'aura pas suffi à préserver l'intégrité du royaume. Le pétrole de Ploiești deviendra l'un des grands enjeux de la guerre, convoité par tous les belligérants.









